Migrants, au bureau de la réunification de la Croix-Rouge – Comparateur assurance décès

Auriez-vous vu Romal, une fille afghane de 13 ans? Un brun aux yeux marron. " Amélie Clarigo n'a pas de photo, mais juste un croquis d'un robot portrait. L'enquêteur a traversé la gare de Lyon dans toutes les directions, dernière étape connue de l'adolescent dans la capitale. En vain Romal (1) n'appelle rien à personne.

Ni le personnel de la station, ni les postes de police autour, ni les maraudeurs de France Terre d & Asile. Pourtant c'est quelqu'un! Jusqu'à présent, il a réussi à tout combattre: les contrôles captivants aux frontières, la Méditerranée et sa houle vorace. Romal a trompé les trafiquants en évitant leurs embuscades machiavéliques. Il a également maintenu le contact avec Massoud, son plus ancien éclaireur en Angleterre. Ace, quoi.

Une préoccupation ennuyeuse

Mais depuis quelques jours, le silence radio. Inquiet, son frère a contacté la Croix-Rouge britannique, qui sollicite l'aide de son homologue français. " Un jeune adolescent dans la rue, qui ne parle ni anglais ni français, est une proie trouvée pour les réseaux de prostitution "Amélie Clarigo s'inquiète, à l'âge de 30 ans, d'un regard qui bloque le vôtre, l'énergie d'un bataillon. Sa course contre la montre sera finalement de courte durée. Romal recontactera son frère quelques heures plus tard. il avait … plus de batterie.

Sur les 2 553 personnes recherchées l'année dernière au bureau, nous ne trouvons pas deux histoires identiques

" Une résolution expresse "Elle dit l'employée de la Croix-Rouge, une longue liane au visage couvert de taches de rousseur, d'un ton presque enjoué. Presque parce qu'à la maison, elle est un je-ne-sais-quoi d'intranquille, une préoccupation Boring: Bien que Romal ne soit plus dans l'atelier de menuiserie, des centaines d'autres cas continuent à être envoyés au Bureau de la réunification des familles de la Croix-Rouge.

Comme ce père soudanais qui a perdu le contact avec sa famille après un mouvement de foule dans une station autrichienne; cette fille afghane séparée de son enfant pour ne pas monter aussi vite qu'un camion qui se dirigeait vers l'Angleterre; ce couple d'Érythréens s'est embarqué dans deux zodiacs distincts au large des côtes de la Libye et depuis lors sans aucune nouvelle l'un de l'autre; ces frères ivoiriens ont pris la fuite dans deux directions opposées lors d’une enquête en Hongrie. Sur les 2 553 personnes recherchées l'année dernière au bureau, nous ne trouvons pas deux histoires identiques. Tous, cependant, racontent la même histoire: celle de vies arrêtées et de cœurs suspendus.

Années de recherche

La plupart ont été perdus à la fois. Il faudra des mois voire des années pour se retrouver. Les enquêtes commencent ici, au siège de la Croix-Rouge à Montrouge, dans le sud de Paris, dans une rue banale, sans charme, sans rien pour attirer l’attention.

Trois informations suffisent pour lancer l'enquête: l'identité de la personne recherchée, la date et le lieu de sa disparition. Plus simple, nous pas. Bien que. Les proches des disparus ont parfois du mal à fournir cette information simple. Trop formels, trop bureaucratiques, trop cartésiens compte tenu de leurs trajectoires kafkaïennes. Démonstration. " Ici, je recherche un Érythréen qui a fui son pays sous un faux nom après avoir abandonné l'armée. Je ne peux le trouver nulle part. Je crains qu'il ne soit enregistré sous son pseudonyme et non sous son nom de famille ", Grunts Oriane Escudero, protéger sans prévenir.

"Ils vivent? J'ai d'abord pensé à un rêve"

Après dix ans passés à l'étranger – dans le monde humanitaire, toujours -, ce garçon de trente ans aux yeux noirs, au teint ébène, ignore le tournant décisif des événements. Ce n'est pas son truc. Elle est tout pour lui. "Cet Erythréen n'existe pas pour Ofpra ou Ofii (2). Bien sûr, si je n'ai pas le bon nom, comment voulez-vous qu'il reste?" On dit avec un soupçon de mépris. Rien à voir avec le renoncement. Non, nous connaissons trop de réunions inattendues ici pour laisser les perdants.

Quand ciel et terre se mélangent

En témoigne celle de Maaza et de ses trois filles l’été dernier. Lorsque cette mère éthiopienne a contacté la Croix-Rouge en 2016, elle vient de rentrer de l'enfer. Menacé de mort dans son village cinq ans plus tôt, il avait confié ses trois jeunes enfants – âgés de 6, 4 et 6 mois – à un membre de sa famille avant de se rendre au Koweït, avec l’idée de leur envoyer toutes ses économies. Rien ne s'est passé comme prévu.

Il vient de traverser la frontière, Maaza est vendu par son passeur à une riche famille asservie. Sur place d'abord, puis en France, où sont établis ses "propriétaires". Il finit par fuir, contacte l’Éthiopie et découvre que ses filles, qui sont devenues bonnes en tout, se sont dispersées dans tout le pays. " C'est comme si je suis mort sur pieds Tu te souviens.

"Je les ai pressés si fort, si fort … Je voulais que mon souffle soit confondu avec le leur. "

maaza

Dans son cas, la Croix-Rouge doit faire face à plusieurs défis: il est nécessaire d'identifier les filles, de convaincre leurs exploiteurs de les libérer et d'évacuer tous les frères et sœurs du pays. Le bureau du RLF coordonne les opérations avec le soutien sur place du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Deux ans d'enquête, de négociations serrées. Jusqu'à ce jour de juin 2018, lorsque Eshe, Marjani et Zala parcourent l'asphalte de Roissy. Souriant et confus. " J'ai eu l'impression que le ciel et la terre étaient en train de bouger, se souvient de leur mère. Je les ai pressés si fort, si fort… Je voulais que mon souffle soit confondu avec le leur. À quelques pas de Montrouge, dans un petit appartement avec une vue imprenable sur le boulevard périphérique, il a vu ses trois petites filles évoluer avec un naturel surprenant, loin du ciel épuisé de l’Éthiopie. Et murmure: " C'est comme si je lui avais donné une deuxième fois. "

VIDÉO – Quel est le parcours d'un demandeur d'asile en France?

Si Maaza a pu solliciter la Croix-Rouge, d'autres sont plus hésitants. Certains migrants reportent leurs rendez-vous ou annulent à la dernière minute. La peur. " Ils nous fournissent souvent des informations sensibles sur eux ou sur leurs proches et n'ont pas peur de les partager avec les autorités. À tort. Ce qu'on nous dit ici ne sort jamais d'ici "Aurélie de Gorostarzu, responsable du bureau. Pour la jeune femme, spécialiste de la restauration des liens familiaux depuis une douzaine d'années (d'abord au CICR, puis à la Croix-Rouge française), c'est un facteur clé." Il ne faut pas précipiter les choses. "

Migrants, au bureau de la réunification de la Croix-Rouge


Surtout d'une autre peur, plus inconsciente, des réfugiés qui travaillent: apprendre le décès d'un être cher. Nejmeddin est là. En cet après-midi torride de juillet, les jeunes Soudanais ont fait le voyage à Montrouge, mais restent aux portes de l'association. Il cherche Abdelgani, l'ainé d'un an.

C'est presque jumeau. " Nous avons parlé pour la dernière fois en janvier, explique-t-il, dans la vingtaine athlétique. Depuis lors, un de ses amis m'a dit qu'il s'était embarqué pour l'Europe. Sept mois sans nouvelles. Est-il conservé quelque part en Libye? Est-il confondu avec son passeur? Ce sont des choses qui arrivent; Nejmeddin a vu son meilleur ami être exécuté sous ses yeux pour ne pas avoir donné tout son argent aux trafiquants. " Il avait gardé 100 € sur lui. Les Soudanais ont l’aspect absent de ceux qui ont trop vu.

Une dernière hypothèse demeure: celle d'un naufrage en Méditerranée. Nejmeddin ne l'exclut plus, mais il n'est pas prêt à l'écouter. " J'ai peur de la réponse. Aujourd'hui, il ne passera pas les portes de la Croix-Rouge et continuera à diffuser la photo de son frère parmi les migrants nouvellement arrivés, Porte de la Chapelle à Paris. " Au cas où ils l'auraient traversé. Retourneras-tu à Montrouge? Il promet oui. Son regard dit "peut-être".

Laisser une trace avant de traverser

Retrouvez les familles de la personne décédée, en effet, dans les missions de l'association. Dans ce cas également, les enquêtes peuvent être longues et épineuses, en particulier après un naufrage en Méditerranée. Sans savoir exactement qui est du côté africain, il est impossible de savoir avec certitude qui passe l'appel.

Parfois, les restes parlent d'eux-mêmes. Certains migrants touchent un sac en plastique contenant leurs documents. D'autres prennent un selfie lorsqu'ils embarquent et envoient le cliché à leur famille en prenant soin de montrer un signe distinctif – bijou, tatouage … – pour faciliter la tâche des avocats.

En Méditerranée, l'Europe hésite à sauver les migrants

Ces images sont stockées dans de simples dossiers en carton et stockées sur les étagères du bureau de Montrouge, un vaste espace ouvert. Apparemment, rien ne distingue ces fichiers de ceux d'autres administrations. En les ouvrant, on s'attend presque à trouver un contrat d'assurance ou un crédit à la consommation. Mais non Nous rencontrons la photo d'Abdul. L'Algérien a fait un selfie il y a quelques mois, avec sa bordure argentée bien en vue, avant de gravir un zodiac de fortune dirigé vers l'Europe.

Son destin ne fait pas de doute aujourd'hui – il s'est noyé sous les yeux de son cousin – mais son corps reste introuvable. Si un jour son corps revient à la surface, le cliché l'identifiera peut-être. Il sourit sur cette dernière image. Un sourire sérieusement serein devant son visage face à la Méditerranée ou une joie que l’on ne prétend pas à l’aube d’une nouvelle vie? Il a coulé, illisible.

"Il y a des choses … Comment pouvons-nous infliger cela à d'autres humains?"

Amélie Clarigo

Il n’est pas facile pour les enquêteurs de gérer ce malaise. " C'est un travail qui durcit autant qu'il affaiblit "L'analyse d'Amélie Clarigo. Elle, qui était volontaire depuis longtemps – déjà sur ce type de dossier – savait cependant ce qu'elle ferait en postulant en tant qu'employée de la Croix-Rouge. Elle ne regrette rien. Il n'y a que des jours plus difficiles autres. " Le pire, en ce moment, sont les dossiers libyens. Il y a certaines choses … Comment pouvons-nous infliger cela à d'autres humains? "

Un silence qui ne finit jamais suit. Comme si la Libye était devenue le carrefour de toutes les abominations. Très rarement, le CICR s'est même retiré du pays après l'assassinat de l'un de ses délégués il y a cinq ans. L’évacuation des réfugiés est désormais gérée par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Libye: les migrants au piège de la guerre

"Pour garder, nous devons nous limiter aux enquêtes, soupire Oriane. Recueillez des indices, consultez nos informations et rien d’autre. Sinon, c'est psychologiquement ingérable. " Son premier dossier, lorsqu'il est arrivé il y a deux ans, a servi de leçon. L'enquêteur a dû trouver une fille ivoirienne de 11 ans. Elle et son frère ont été capturés par un gang armé, toujours en Libye. Il avait réussi à s'échapper, pas elle. " Et là, spontanément, j'ai imaginé qui était cette fille, ce qu'elle pouvait supporter, explique-t-elle, elle-même mère d'un enfant. Grave erreur: il est trop insupportable de commencer à penser à ces choses. Vous devez juste vous concentrer sur l'enquête. "

Jours "avec" et jours "sans"

Les "non" jours, les quinze intervieweurs examinent les images des réunions publiées pendant le service. Une reprise imparable. Pour le reste, recherchez les agents en espèces sans clignoter. Sans laisser complètement indemne ou … D'où les sessions mensuelles d '"analyse de la pratique", qui devraient leur permettre de confronter leurs points de vue, d'échanger des hauts et des bas. Partagez ce sentiment d'impuissance qui les saisit parfois.

Qu'entendez-vous d'autre sur ce père afghan à la recherche de ses jumeaux? " Les trafiquants l'ont d'abord forcé à traverser la frontière entre l'Iran et la Turquie, l'assurant que les enfants suivraient la piste. Il ne les revit jamais "Soupire Oriane Escudero. Des enquêtes ont été ouvertes", mais les enfants n'avaient pas encore 1 an et aucun état civil. Dans ce contexte, retrouvez-les… ​​"Leur père était juste en larmes lorsqu'il a présenté sa demande. Il était là, assis dans sa petite chaise comme au bord d'un précipice." Nous avions le sentiment qu'il souhaitait avant tout inscrire ses enfants quelque part. Et faites en sorte que ces deux petites ombres existent à leur manière.

Migrants, au bureau de la réunification de la Croix-Rouge


Le drame de la séparation

C'est souvent aux frontières que de tels jeux sont joués. Calais, dans les Hauts-de-France, n'échappe pas à la règle. Il y a quelques mois, une poignée de trafiquants ont décidé de séparer les familles avant de traverser la Manche.

Il n’ya pas de doute que l’augmentation de la vente aux enchères: qui ne paierait pas – pas même un coût exorbitant – pour passer en revue le leur? La Croix-Rouge a une longue tradition de prévention dans la région. L'un de ses camions traverse la région pour proposer aux réfugiés de recharger leur téléphone, de se connecter au réseau Wi-Fi et de prendre contact avec la famille. Les affiches du CICR sont largement affichées et proposent des suggestions de base: "Souvenez-vous du nombre de vos proches"; "Informez votre famille des chemins que vous comptez emprunter"; "Aidez vos enfants à mémoriser des informations importantes." Élémentaire, mais crucial. " La plupart des migrants n'ont jamais pensé se séparer des leurs. Donc, ils n'ont pas développé de stratégie pour se retrouver "Aurélie de Gorostarzu, la marraine du service.

"Rupture de la famille, un autre traumatisme"

Un service où tout s'arrête … quand un fichier est réussi. C'est le cas de la moitié d'entre eux après, en moyenne, une enquête de six mois à deux ans. Le rituel est immuable. Le chercheur à la fin de son enquête sonne une cloche, juste pour réunir tout le monde et célébrer avec des collègues – un joyeux groupe composé exclusivement de femmes. Possibilité de candidats, les hommes ne postulent pas! Dix minutes de pause et tout le monde retourne à ses dossiers. "Dix minutes? Euh … un peu plus!" Amelie Clarigo. Nous nous félicitons mutuellement, nous échangeons des conseils pour la fin, nous nous pompons pour une action ultérieure.

La vie qui revient

Vient ensuite le moment tant attendu de la réunion. Nous les imaginons accablants, voyants, évidents. Mais non Alors que certains sont solaires, d'autres ont un goût plus amer. Surtout en cas de disparition volontaire. Parce que, oui, certains migrants s’échappent volontairement. D'où les contrôles systématiques de la Croix-Rouge avant toute connexion. " Là, par exemple, je viens de localiser une femme guinéenne qui, en réalité, s’échappe d’un mari violent, explique Amélie Clarigo. Dans ce cas, ma mission s’arrête évidemment ici. Les voies de l'exil sont parfois celles de l'émancipation.

"Certains migrants doutent, et parfois jusqu'à la fin, que nous ayons trouvé la bonne personne."

Oriane Escudero

Et, en termes de réunions légères, qu'avons-nous? " Je pense spontanément au couple "chabadabada" de l'autre jour, non? " lance un enquêteur. Et comment! Romodan et Tekea, deux Érythréens séparés en Libye avant d'être réduits en esclavage, sont à la recherche de personnes depuis trois ans. " Quand il est arrivé et qu'il a vu sa femme, vous verriez … Il a tiré le sac en arrière, a couru à toute vitesse! Nous pensions que nous étions dans un film. Il ne manquait plus que "chabadabada, chabadabada" à l'arrière-plan! À la limite de la vie durant toutes ces années, Romodan et Tekea ont quitté les lieux majestueusement vivants.

Le tout sous le regard bienveillant de "leur" chercheur. Une présence qui peut vous surprendre dans ces moments intimes. Mais ce sont les mêmes familles qui en ont besoin. Faire face à des émotions débordantes? Fournir, au cas où les mots manquent après tant d'absence? Un peu de tout à la fois. " Ils doivent aussi être rassurés, Oriane Escudero croit. Certains migrants doutent, et parfois jusqu'à la fin, que la bonne personne a été trouvée. "

Le bureau des "séquences" émotion "

Est-ce le cas d'Aminata, cette Ivoirienne qui a fui son pays avec Adama, son "amant", pour échapper à un mariage forcé? Peut-être. Séparés lors de leur embarquement pour l'Europe, ils recherchaient autre chose depuis. Après l'enquête, nous trouvons Adama en Espagne. Leur premier contact téléphonique est organisé par Montrouge. Reconnaissant la voix de sa compagne, Aminata tombe de sa chaise. " Je l'ai tenu avec un bras tout en tenant le récepteur de l'autre, rappelez-vous Oriane Escudero.Lui, à l'autre bout du fil, était fou de bonheur et elle, incapable de dire un mot. Je ne savais plus quoi dire. Sans même s'en rendre compte, l'enquêteur récite à nouveau la scène. Le regard perplexe, les bras ouverts, fait rire la petite bande qui l'entoure. « JeJ'ai crié "Ma chérie! Ma chérie! Ma chérie! Et toi, toujours rien. Et puis tu as commencé à pleurer en silence. C'était pfff … Oriane s'arrête là, la voix étranglée.

"Voici le bureau de" séquences émotion & # 39; "Amélie Clarigo conclut, tandis que les paroles de Mohammed, une jeune guinéenne dont la mère qu'elle vient de rencontrer, lui sont rapportées.
– "Savez-vous ce qu'il dit de vous?
– non

– Que tu lui "donnes" la vie! "

Il ne boude pas le compliment et ajoute, avec un ton de confiance: En vérité, nous faisons le meilleur travail au monde. Le jour tombe à Montrouge, dans cette rue ordinaire, sans charme, sans rien pour attirer l'œil. Une route aux horizons insoupçonnés.

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